
Communiqué de la Sfen, le 9 janvier 2026
Bonjour,
Évolution majeure qui se confirme en 2025 : la relance du nucléaire dans le monde, dictée par les enjeux de souveraineté énergétique. En septembre 2024, le rapport « Draghi : « Le futur de la compétitivité européenne », a confirmé le rôle important assigné à l’énergie nucléaire pour conforter les objectifs climatiques de l’UE et renforcer la sécurité d’approvisionnement en énergie. En mai 2025, la Belgique a abrogé sa loi de sortie du nucléaire; l’Italie et la Suisse suivent le même chemin. De nouvelles commandes de réacteurs se matérialisent en Europe et ailleurs.
La France a opté pour une relance du nucléaire, dès 2022, reposant dans un premier temps sur le maintien en exploitation des réacteurs actuels, lorsque c’est possible, et la construction d’au moins 6 EPR2.
Le conseil d’administration d’EDF a publié, en fin 2025, un devis de 72,8 milliards d’euros (en € 2020) pour la construction des 6 premiers EPR2, hors frais financiers. Il semblerait qu’un prix de vente de l’électricité de 100 €/MWh (en € 2020) soit nécessaire pour équilibrer les comptes. Les premiers travaux pour les EPR2 sont enclenchés, notamment à Penly, ainsi que le déroulé administratif. Objectif 2038 pour la production.
La nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’Energie PPE3 devrait acter en 2026 cette relance du nucléaire. Elle aura également à prendre en compte la stagnation actuelle de la demande en électricité : faut-il réduire en conséquence le rythme de développement des énergies variables dans la période à venir? Dans ce contexte, le gouvernement a missionné deux personnalités, Jean-Bernard Lévy, ancien PDG d’EDF, et Thierry Tuot, ancien Président de la Commission de Régulation de l’Energie (CRE), pour réaliser une évaluation du coût global et du financement des filières solaire et éolienne. Résultats attendus en 2026.
Un inconvénient de ces énergies est de contraindre, par leur intermittence, à de fortes modulations de la puissance des réacteurs nucléaires, ce qui nuit d’abord à leur rentabilité ; de plus, elles entrainent des contraintes structurelles sur les équipements qui pourraient conduire à leur vieillissement accéléré. Ce risque potentiel a été souligné par le Haut-Commissaire à l’Energie Atomique, Vincent Berger, dans son avis sur la version du projet de PPE3 en février 2025. Les résultats des études techniques qui seront publiés à ce sujet en 2026 seront à suivre de près.
Dans un deuxième temps, pour le long terme, sous la présidence du PR, le Conseil de Politique Nucléaire (CPN) de mars 2025 a confirmé les orientations permettant d’atteindre la fermeture du cycle du combustible nucléaire dans la deuxième moitié du siècle et relancé un programme de travail dans ce sens. Des développements importants sont nécessaires pour la fabrication du MOX, la maîtrise des réacteurs à neutrons rapides ainsi que le tri/recyclage des combustibles usés via une nouvelle usine. Le CPN a demandé que l’ensemble des acteurs majeurs (EDF, Framatome, Orano et CEA) remettent à l’Etat, d’ici fin 2025, une proposition d’organisation industrielle pour ce vaste programme.
A noter, en 2025, l’obtention de la pleine puissance de l’EPR de Flamanville en décembre qui montre que les efforts déployés par la filière et en particulier par EDF ont porté leur fruit.
Autre événement majeur en France sur la filière, l’ASNR (Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection) a rendu le 25 novembre son dernier avis sur la demande d’autorisation de création du futur centre de stockage géologique profond de déchets radioactifs, déposée par l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). L’Autorité estime que la démonstration de sûreté présentée atteint désormais un niveau de maturité compatible avec la création de l’installation, ouvrant la voie à la poursuite de l’instruction de ce projet.
Le WNE, du 4 au 6 novembre 2025, a été une concrétisation de l’ampleur de la relance du nucléaire dans le monde. Cette nouvelle édition a rassemblé plus de 80 pays, 1070 exposants et 36.000 participants, soit en hausse de plus de 50% par rapport à l’édition précédente de 2023.
Le prochain « Nuclear Energy Summit » de mars 2026, à Paris, réunira les autorités d’une quarantaine de pays attachés au développement du nucléaire. Cet évènement illustre cette relance globale du nucléaire dans le monde que nous mentionnons en ouverture.
Notre groupe régional s’attache à aborder les sujets généraux auprès d’un large public et à aborder des sujets plus techniques auprès d’un public averti. Ainsi, en 2025 :
Le 5 juin, Dominique Grenêche, consultant, expert international à l’énergie nucléaire et Joël Guidez (décédé depuis), ancien directeur de Phénix ont présenté une conférence sur le thème : « Souveraineté Energétique : L’apport des réacteurs à neutrons rapides ».
Le 2 octobre, Henri Wallard, ancien directeur général de l’ANDRA, CEO de Newcovalence, a présenté une conférence sur le thème : « Un autre regard sur la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE3) ».
Toutes ces présentations (image et son) sont en ligne sur notre site internet.
Nous continuerons ces conférences en 2026 et à répondre aux sollicitations des médias et des élus pour satisfaire leur demande d’information.
Les 12 et 13 novembre, une délégation de notre groupe régional SFEN IdF-Ouest a visité les sites de Paluel et Penly (4ème visite décennale et travaux EPR2).
Soyons fiers de notre énergie; la SFEN se tient à vos côtés pour vous aider à monter des interventions auprès des réseaux que vous fréquentez. N’hésitez pas à intervenir sur les enquêtes publiques et les débats pour y apporter votre expertise et votre engagement.
Meilleurs vœux 2026 à tous et à toutes et à bientôt.
Les membres actifs 2025 du comité d’action du Groupe Régional Ile de France Ouest :
J.-L. Tison Président, Ph. Raimbault Vice-président et secrétaire, M. Buisset Vice-président, P. Pollier Trésorier, M. Belloulou, P. Blanc, Th. Bonnet, G. de Giovanni, Y. Giraud, A. Havard, B. Lévi, D. Ohayon, G. Payraud, A. Ribeaudeau, D. Schoevaerts, A. Verdier, C. Vittecoq.
Le site internet de notre groupe : https://idf-ouest.sfen-regions.org/. Vous y trouverez un compte rendu plus détaillé de nos activités 2025.
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Article fort intéressant publié par la Sfen : Société française d’énergie nucléaire

la-relance-du-nucleaire-dans-le-monde
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Objectifs pour un cycle nucléaire durable, par Michel Gay, le 27 juillet 2024
Contrepoints a publié son article « L’Académie des technologies se prononce sur le nucléaire », et voici le lien :
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Énergie nucléaire : le triple don de Dieu ! Par Michel Gay, le 20 octobre 2023
Publié sur https://www.economiematin.fr/energie-nucleaire-uranium-miracle-fission-gay le 24/10/23
Trois véritables miracles de la nature permettent au génie humain de maitriser l’énergie nucléaire pour produire durablement de l’électricité en abondance. Sans cette triple particularité (ce don de Dieu ?) enfouie au plus profond de la matière, l’énergie nucléaire ne serait contrôlable pour produire de la chaleur et de l’électricité.
Le premier miracle
L’uranium 235 (U235) est le seul élément « fissile » (qui peut fissionner, se casser) naturel restant sur Terre après l’explosion de la supernova qui a donné naissance au système solaire il y a plusieurs milliards d’années. Tous les autres éléments ayant cette propriété ont disparu de la Terre depuis leur création.
Lorsqu’il est percuté par un neutron, le noyau de son atome (qui contient 235 protons et neutrons), il se casse en deux ou trois « morceaux » en libérant de l’énergie.
L’U235 représente actuellement 0,7% de l’uranium naturel (abondant sur terre) contenant 99,3% d’un autre uranium légèrement différent : l’uranium 238 (U238). Ce dernier n’est pas fissile mais « fertile » car il peut devenir fissile en absorbant des neutrons au cours des réactions nucléaires.
Répétons-le, c’est le seul élément naturel qui permet de tirer parti de la fantastique réserve d’énergie contenue dans le cœur de la matière.
Sans l’U235, sans cette unique « allumette nucléaire initiale » naturelle encore disponible sur Terre aujourd’hui l’exploitation de l’énergie nucléaire ne serait pas possible car les autres éléments fissiles « artificiels » sont créés initialement à partir de l’U235.
Le deuxième miracle
Lorsque le noyau de l’atome d’U235 se casse (c’est la fission), il libère lui-même plusieurs neutrons (en général 2 ou 3) qui vont aller fissionner d’autres noyaux fissiles, qui eux-mêmes vont produire de l’énergie et d’autres neutrons. Cette réaction en cascade « d’éclatements » successifs est appelée « réaction en chaine ».
Si ce noyau d’U235 n’émettait pas lui-même au moins deux neutrons par éclatement, l’exploitation du nucléaire (fondée sur cette réaction en chaîne) ne serait pas possible.
Mais les réactions en chaine dans la matière se produisent à une vitesse vertigineuse. Ce rythme fulgurant de multiplication des neutrons est recherché, et même volontairement amplifié, dans les bombes nucléaires pour obtenir un effet maximum de chaleur (explosion) en un minimum de temps, comme la poudre noire dans une cartouche de fusil.
Les deux premiers miracles ne permettraient donc seulement que des réactions explosives… sans un troisième miracle.
Le troisième miracle
Certains nouveaux noyaux issus de la fission (une trentaine au total) conservent parfois un « trop plein » de neutrons pendant « un certain temps » avant de se briser et d’en éjecter 2 ou 3 avec un retard pouvant aller jusqu’à plusieurs minutes.
Dans un réacteur nucléaire, ce retard providentiel permet de réguler en permanence la réaction en chaine, et donc de contrôler la chaleur qui produira l’électricité.
Sans ces « neutrons retardés » (troisième don de Dieu) la maîtrise de la réaction nucléaire dans un réacteur ne serait pas possible pour produire de l’électricité au bénéfice de l’humanité.
Il faut noter que, malgré sa difficulté à fissionner, l’U238 produit tout de même un tiers de la chaleur dans les réacteurs actuels en se transformant auparavant en plutonium 239 (Pu239) fissile par l’absorption d’un neutron grâce à la fission initiale de l’U235.
Un cadeau de l’Univers (de Dieu ?)
La vie de certaines étoiles se termine parfois par une gigantesque explosion appelée supernova.
Ainsi, la nébuleuse du Crabe dans notre galaxie, par exemple, est le reste d’une supernova qui a été observée sur Terre en 1054 par des astronomes chinois.
Ces phénomènes gigantesques produisent des éléments tels que le fer, le platine, l’or, et l’uranium qui ensemencent l’espace galactique. Ces « poussières d’étoiles » s’agrègent ensuite avec le gaz interstellaire pour former de nouveaux systèmes solaires et des planètes, comme notre Terre.
Certaines matières radioactives issues de ces transformations naturelles ont disparu avec le temps. D’autres sont toujours présentes en grande quantité dans la croûte terrestre. Ils participent de manière prépondérante (83%) à la géothermie de notre planète (notamment le thorium et l’uranium pour respectivement 44% et 39%). Ce sont les deux seuls éléments naturels utilisables sur terre pour produire de l’énergie nucléaire… en utilisant l’allumette initiale U235.
En effet, il n’existe qu’un seul élément naturel fissible sur terre, c’est l’uranium 235 présent en faible quantité (0,7%) dans l’uranium naturel composé essentiellement (98,3%) d’uranium 238.
Dans les réacteurs nucléaires, d’autres éléments fissiles apparaissent ensuite, tels que du plutonium 239 (Pu 239 si le combustible est l’uranium 238), ou de l’uranium 233 (U233 si le combustible est du thorium).
Ces derniers peuvent aussi à leur tour jouer ce rôle « d’allumette » comme l’U235 et engendrer de la chaleur et de l’électricité pendant des millénaires grâce aux réacteurs « surgénérateurs », dont certains fonctionnent déjà et d’autres sont en préparation.
Ces derniers utilisent les couples (Pu239-U238) et (U233-Th232) comme combustibles et succèderont probablement aux réacteurs actuels au siècle suivant.
Mais il ne faut pas épuiser l’unique allumette initiale (U235) auparavant !
Ces réacteurs surgénérateurs « durables », dits de quatrième génération, utilisent 100 fois mieux l’uranium naturel (abondant) et le thorium (encore plus abondant). Les réserves mondiales de combustibles nucléaires sont de plusieurs milliers d’années pour ce type de réacteurs.
L’uranium est aujourd’hui sous utilisé
En France, plus de 300.000 tonnes d’U238 sont déjà stockées. Ce stock constitue une réserve de… 3000 ans (trois mille ans) sur notre sol.
En effet, une quantité d’U238 d’environ 100 tonnes par an serait suffisante pour produire l’électricité nécessaire à notre consommation nationale dans des surgénérateurs.
Aujourd’hui (octobre 2023), 58 réacteurs nucléaires sont en construction dans le monde, et les 412 en fonctionnement utilisent moins de 1% (0,6%) du contenu énergétique de l’uranium naturel.
En France, ce taux d’utilisation peut atteindre 0,8 % en recyclant une fois les matières valorisables (uranium et plutonium) encore présentes dans les combustibles usés.
Donc plus de 99% du « combustible uranium » n’est pas encore utilisé aujourd’hui… mais le sera demain dans les surgénérateurs qui, en plus de fabriquer des éléments fissiles, ont deux autres avantages :
1) ils permettent d’utiliser le plutonium fissile issu du retraitement des combustibles usés des centrales nucléaires en fonctionnement, ou du démantèlement des armes nucléaires, ce qui économise l’utilisation de l’U235,
2) ils produisent moins de déchets pour une même énergie produite.
Une énergie durable à l’échelle humaine
Demain, nos enfants ne manqueront pas d’énergie nucléaire propre (la production de déchets est maîtrisée et sera confinée de manière sûre et durable) pour produire l’électricité décarbonée nécessaire à leur qualité de vie (chauffage, industries, transports, …) pendant des milliers d’années sans utiliser de combustibles fossiles.
Ce triple « don de Dieu » contenu dans la nature contribuera de plus en plus au confort de l’humanité. Il procurera aux hommes qui le voudront (et qui le pourront) une meilleure qualité de vie grâce à une production d’électricité propre, décarbonée, abondante, bon marché, et durable pour le plus grand bien de notre planète.
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Compléments d’informations par YE le 7.11.2023 :
Lien vers la décision n° 2023-1066 QPC du 27/10/2023 du conseil constitutionnel, suite à une question posée par le conseil d’état https://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/2023/20231066QPC.htm
Lien vers le site de l’ANDRA (Agence national pour la gestion des déchets radioactifs) https://www.andra.fr/cigeo-est-conforme-aux-droits-des-generations-futures
Et un article plus « vulgarisé » sur le sujet paru dans le monde https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/10/27/dechets-nucleaires-la-mise-en-uvre-du-projet-cigeo-a-bure-jugee-conforme-a-la-constitution_6196794_3244.html

