Nos Amies les Hirondelles

UN PETIT « COIN DE PARADIS »
POUR HIRONDELLES RUSTIQUES

par Gérard GROLLEAU, Ornithologue et Secrétaire général adjoint d’Yvelines Environnement

Jeunes très proches de l'envol          L’Hirondelle rustique (Hirundo rustica) est commensale de l’homme. Elle niche presque toujours à l’intérieur de bâtiments (étables principalement, puis écuries ou autres locaux hébergeant du bétail), ayant manifestement besoin de la chaleur animale qui maintient une température optimale pour elle. C’est donc un oiseau de zones rurales tout d’abord, d’élevage en particulier. Mais, pour subvenir à ses besoins, il lui faut des zones de chasse riches en insectes et des points d’eau pour s’abreuver ; en effet, elle se nourrit et s’abreuve en volant. Elle a également besoin de boue pour faire son nid en coupe, ce qu’elle trouve rarement en milieu urbain.

Il faut également noter la fidélité aux sites de nidification, les hirondelles revenant chaque printemps, bien que ce ne soit pas toujours les mêmes individus ; en effet, la durée moyenne de vie de ces oiseaux est de 4 à 5 ans, même si le record connu est de 13 ans. Mais les jeunes mâles, devenus matures, reviennent nicher sur leur lieu de naissance pour quelques-uns et dans un rayon d’environ 10 km autour de celui-ci pour les autres ; les jeunes femelles, quant à elles, suivent les mâles qui les ont choisies sur leur zones d’hivernage, car ce  sont eux qui choisissent les sites, et reviennent dans un rayon d’environ 30 km autour de leur lieu de naissance, donc pratiquement jamais sur ce dernier, ce qui évite la consanguinité.

Dans la France rurale d’il y a 60 ans, l’espèce était commune et abondante, mais les modifications engendrées par l’agriculture moderne et, dans ce cas, relatives aux méthodes d’élevage du bétail, ont eu un effet négatif, de plus en plus accentué d’ailleurs. Deux raisons à cela :

+  la suppression des sites possibles de nidification par disparition des anciennes étables remplacées par des hangars ouverts à charpente métallique, où les bovins peuvent aller se servir librement dans des silos recouverts de bâches plastiques noires (ce que l’on nomme la « stabulation libre »). Les hirondelles ont besoin de poutres en bois pour y accrocher leur nid et d’un milieu assez fermé.

Certains couples reviennent sur d’anciens sites transformés, essayant de rentrer dans les maisons, mais elles ne sont plus supportées, même dans les garages à voitures des pavillons, en raison des salissures (dont on peut se protéger avec un peu de bonne volonté).

+  la forte diminution des insectes due aux insecticides, ce qui n’est pas une illusion. Il y a encore 30 ans, lorsque l’on roulait de nuit en voiture, ou même de jour, le pare-brise était vite souillé par de très nombreux insectes ; maintenant, presque rien !

Le maximum d’insectes volants (le plancton aérien) se situe chez nous en mai et juin. Dès juillet, la densité faiblit et la nourriture se raréfie. D’ailleurs, les Martinets noirs, qui se nourrissent également exclusivement d’insectes gobés en vol, nous quittent fin juillet, condition de leur survie.  S’il y a encore 20 ans, des hirondelles arrivaient à élever parfois 3 nichées dans la saison, avec les derniers jeunes quittant le nid en septembre, ce n’est plus le cas aujourd’hui ; j’en ai eu la preuve encore cette année où une nichée de 4 jeunes, nés début août, n’a pas survécu, ces poussins étant maigres malgré les apports de nourriture par les deux parents ; mais ces apports étaient trop rares pour permettre la croissance normale de 4 jeunes.

Les couples nicheurs d’Hirondelles rustiques ont diminué de 41% en France entre 2000 et 2010, cette diminution atteignant 50% en Ile-de-France de plus en plus urbanisée, macadamisée, avec chute du nombre d’exploitations agricoles, surtout d’élevage. Vu l’évolution générale actuelle, il ne faut pas s’attendre à un « retour des hirondelles » !

Mâle sortant d’un nourrissage :

Mâle sortant d'un nourrissagede bas en haut _mâle adulte, jeune de l'année, femelle adultede bas en haut : Mâle adulte, Jeune de l’année, Femelle adulte.  Le mâle et la femelle se distinguent par la longueur des filets de la queue, lesquels sont nettement plus longs chez les mâles. Le jeune est reconnaissable à la couleur beige et non rousse du menton, ainsi qu’à l’absence de filets.    

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Ce long préambule a pour but de faire prendre conscience de la qualité d’un site de la commune des Essarts-Le-Roi, mais également, et surtout, de la bienveillance envers ces oiseaux manifestée par les propriétaires M. et Mme RABIANT (J-M Rabiant est administrateur d’Yvelines Environnement).

Le pavillon est situé en limite de forêt sur la gauche, un petit verger devant, un petit jardin derrière et de grandes prairies, plus ou moins humides selon la saison, offrant de grandes surfaces de chasse pour les hirondelles qui y trouvent abondance d’insectes dans ces terrains ne subissant aucun traitement insecticide. Trois chevaux sont hébergés dans ces prairies à la belle saison et passent l’hiver dans des stalles individuelles dont les plafonds sont soutenus par des poutres en bois. Chaque stalle héberge un couple d’Hirondelles (au moins, car il est difficile de le vérifier, chaque couple pouvant avoir plusieurs nids et les stalles correspondent par l’arrière, d’où de multiples possibilités pour les hirondelles de passer d’une stalle à une autre). 5 ou 6 couples sont nicheurs réguliers, plus 1 ou 2 dans le grenier à foin situé au-dessus. Il est rare maintenant dans le sud-ouest parisien de trouver plusieurs couples dans un même bâtiment de petites dimensions.

Dans le cadre d’un programme du « Centre de recherche sur la biologie des populations  d’oiseaux » (CRBPO), service du Museum National d’Histoire Naturelle, j’ai, en tant que bagueur agréé (depuis 1962), commencé à baguer les hirondelles de ce site en 2012, en me limitant aux poussins dans les nids en 2012 et 2013, puis en essayant de marquer également les adultes à partir de 2014 (cf. programme). Les poussins doivent être bagués à un âge compris entre 12 et 14 jours, ce qui suppose un suivi des pontes et des éclosions, partie réalisée par Jean-Marc. Pour les adultes, la capture se fait au moyen d’un petit filet, mais elle est difficile car les hirondelles ont une excellente vue et des capacités exceptionnelles pour manœuvrer, le tout compliqué par la possibilité pour elles d’accéder à leur stalle en passant par une autre ; il faut qu’il fasse assez sombre dans la stalle et que le filet ne soit pas agité par le moindre vent. Tout cela explique que tous les parents n’ont pas été bagués, mes disponibilités, par ailleurs, ne s’accordant pas toujours avec les moments propices.

Si nous établissons un petit bilan des oiseaux bagués : TABLEAU Petit bilan des oiseaux bagués

En 2015, la femelle déjà baguée l’avait été comme adulte le 6/06/2014, donc née au moins en 2013.

En 2017, les 2 femelles déjà baguées l’avaient été le 1/06/2015 pour l’une et le 22/05/2017 pour l’autre.

Les 4 mâles déjà bagués l’avaient été le 6/06/2014 pour l’un et le 22/05/2017 pour les 2 autres, l’un d’eux ayant été contrôlé à deux reprises. Celui de 2014 était également né au  moins en 2013.

A ce petit bilan, il faut ajouter qu’un jeune bagué au nid le 21/05/2016 a été contrôlé dans une roselière dortoir aux Etangs de St-Hubert par un collègue bagueur le 11/08/2016, sans doute peu avant sa migration vers l’Afrique de l’ouest.

Bien entendu, il ne s’agit pas d’un bilan exhaustif, toutes les hirondelles de ce site n’ont pas été baguées, ni chez les jeunes et encore moins chez les adultes, mais il montre que si les Hirondelles rustiques trouvent un site approprié pour installer leur nid, des terrains de chasse riches en insectes à proximité, de l’eau pour s’abreuver et la tolérance bienveillante des propriétaires, elles peuvent perpétuer leur espèce.

Merci à M. et Mme RABIANT dont l’accueil a toujours été chaleureux.

Mâle en face ventrale_notez les longs filets